Je croyais naïvement que « beurette » était simplement le féminin du terme argotique « beur », lui-même verlan d'« arabe ». Mais ce suffixe « ette » change bien plus que le genre du nom. En effet, si vous tapez « beur » sur Google, vous trouverez Beur FM ainsi que des sites variés... Par contre, tapez « beurette », et là, vous aurez uniquement une liste de sites pornographiques !!!!
Et alors ? me direz-vous. Alors ? Le problème c'est pas l'existence de ces sites porno mais le fait qu'il n'y ait que ces sites. Autrement dit, la beurette est devenue, de fait, une catégorie SEXUELLE. Elle est classée parmi les autres catégories : « gros seins », « fétichiste », « partouze », etc. CHELOU, non ?!
D'un point de vue pragmatique, on peut me répondre que les sites porno, en général, sont bien référencés. Ils apparaissent donc en premier. Seulement, je ne parle pas de la première page Google, mais des dix premières ! L'abondance des sites porno au sujet des beurettes est le résultat d'une demande reposant sur plusieurs clichés tenaces !!! Lâche l'affaire !!!
Tout d'abord, la recherche de l'exotisme, de la fille venue d'ailleurs. La beurette ayant cette particularité d'incarner l'exotisme à proximité. En effet, les sites parlent des « beurettes des banlieues » avec l'idée que cette fille typée peut habiter l'immeuble d'en face. On peut penser que c'est la même chose pour toutes filles dites « exotiques », mais pas exactement. En tapant « asiatiques », « femmes noires » ou « femmes des îles », le phénomène n'a pas la même ampleur...
En effet, pour les filles d'origine maghrébine s'ajoute une dimension supplémentaire, toujours présente d'une façon implicite ou non : la transgression de l'interdit religieux. C'est cette transgression qui est mise en scène pour susciter le désir et l'excitation. Ainsi de jeunes femmes voilées se font « b****r » avec comme sous-titre : « Leila n'est pas si coincée !!! », en insistant sur les contrastes visuels. On notera que pour jouer la beurette, être brune et bronzée suffit, si le nom inventé « sonne arabe » comme Safia ou Fatima. Les sites jouent sur les fantasmes de la prude s****e en utilisant des termes comme « dépravées » qui insistent sur des critères et des clichés moraux détournés. Tout se passe comme si les beurettes étaient forcément des musulmanes, des musulmanes prisonnières et celles du site seraient celles qu'on est parvenu à « libérer » des contraintes religieuses.
En effet, ils véhiculent l'idée que les femmes orientales vivant en Occident sont des femmes « perdues » car elles ont été laissées « trop » libres. Ces images porno sont alors utilisées pour effrayer les Darons sur l'avenir de leurs filles, en réveillant les clichés qu'ils peuvent avoir sur l'Occident comme lieu de débauche TOTALE !!!
Cette violence est à mettre en relation avec la misère sexuelle de beaucoup de mecs (pas tous, bien sûr !! hihi ;-). Leur frustration est tellement FORTE qu'elle engendre un désir de voir des scènes HARDES où l'homme ne subit pas son désir mais le maîtrise en dominant sa partenaire. Des scènes humiliantes où ils peuvent dominer par procuration ce qu'ils ne peuvent pas avoir : une femme qui les désire !!!!!
Le plus triste dans tout ça, c'est qu'une jeune fille de 12 ans qui se ferait appeler « beurette » et chercherait ce mot sur Internet ne trouverait comme réponse que ces images porno... Ce terme a priori neutre est devenu une insulte. « A priori neutre »... car dès le début, les termes de beur et de beurette en désignant d'une façon spécifique ceux qui sont tout de même censés être avant tout français, c'est péjoratif.
Elles sont toutes appelées beurettes, alors qu'elles n'ont sans doute rien en commun, hormis le fantasme de ceux qui n'en connaissant aucune pensent les connaître toutes...
Alors maintenant avant d'utiliser un terme, veillez à l'impact que ça peut engendrer...
